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Le polystyrène est un élément incontournable dans la conception des décors d’opéras, mais aussi de théâtre ou de cinéma.

Il est léger, peu dense, facilement sculptable et permet une grande précision dans les détails. Le rendu est parfois époustouflant.

 

Le turc en Italie (2014)

Toutefois, s’il est très prisé par les constructeurs de décors, le polystyrène n’en a pas moins de très nombreux désavantages :

  • Il est conçu à partir de pétrole
  • Très volatile, il reste un danger pour la santé de ceux qui le sculptent et nécessite un équipement adapté.
  • Si on découpe le polystyrène avec un fil chaud, il dégage du styrène, liquide incolore, inflammable et très volatil mais surtout fortement cancérigène.
  • Il ne se recycle que s’il est propre, sans aucune autre matièrage que ce soit résine, colle ou tissu collé.
  • Souvent utilisé pour créer des parements ou faux carrelages sur des murs, il est collé sur des châssis en bois pouvant parfois atteindre 8 mètres de haut. Impossible à décoller de ces châssis lors de la destruction du décor, le polystyrène souille le bois sur lequel il est collé, le rendant impropre au recyclage, le châssis allant directement à l’enfouissement. Il est par ailleurs important de noter que le cout du traitement des déchets bois est bien moins important que celui des DIB allant à l’enfouissement, d’où l’intérêt de séparer bois et polystyrène.

C’est cette problématique qui a servi de fil conducteur du premier labo d’éco-conception organisé par le Festival d’Aix en janvier 2015 : comment séparer le polystyrène de son support et comment éviter l’utilisation de polystyrène.

 

Les ateliers du Festival ont donc mené des travaux en R&D testant plusieurs solutions, avec plus ou moins de succès :

 

1/ Décoller le polystyrène de son support en bois

Inserts bois fixés sur les châssis afin de faciliter la séparation polystyrène/ châssis bois. Si les inserts ont pu facilement être ôtés, le temps de découpe ainsi que les risques pour la santé lors de la découpe n’ont pas permis de retenir en l’état cette solution.

 

Rainurage du polystyrène pour faciliter un décollage à la vapeur. Cette solution pourrait être développée mais demande du temps d’usinage et de décollage. Elle ne peut être utilisée que pour de petites surfaces.

 

2/ Décoller le matiérage du polystyrène

Afin de « fixer » le polystyrène et en permettre le matiérage, tulle ou toile de jute sont généralement collées sur sa surface. En fin de vie, afin de pouvoir recycler du polystyrène propre, ont été étudiés des solutions pour décoller tulle ou toile avec de la vapeur. Des tests ont été faits en vue du recyclage futur de la dune de l’Enlèvement au sérail (2015). Ce test a été fait sur de l’entoilage sans matiérage supplémentaire (des granules de liège faisant office de sable ont été par la suite collés sur la dune) et le décollage a pris beaucoup de temps pour une surface très petite. D’autres solutions sont encore à l’étude.

 

 

3/ Remplacer le polystyrène par un autre matériau.

Le décor d’Alcina (2015) représentait une maison dont les murs abimés laissaient voir leurs structures et des morceaux de plâtre. Pour représenter ce plâtre,  il a d’abord été question d’utiliser du polystyrène, mais coincé entre 2 planches de bois, il rendait les châssis totalement impropres au recyclage. Des tests ont alors été effectués pour remplacer le polystyrène par de l’isorelle mou (plaques de fibres de bois compressées), mais la volatilité du matériau le rendait dangereux pour la santé des constructeurs. Les ateliers ont donc opté pour l’utilisation de liège compressé, moins nocif et facile à travailler et dont le rendu a satisfait la scénographe. Ajoutant à cela de l’enduit fait à partir de pâte à papier, les châssis étaient ainsi conçus en mono-matériau permettant un recyclage en déchets bois.

 

 

 

4/ Réduire la surface de châssis supportant le polystyrène.

Le décor d’Alcina est le premier décor éco-conçu du Festival d’Aix atteignant 97% de recyclable/réutilisable/valorisable. Les 3% non recyclables concernent les corniches qui ne pouvaient être conçues qu’avec du polystyrène. Afin d’éviter de « souiller » le châssis entier, ces corniches ont été collées sur de fines plaques de contre-plaqués, elles-mêmes fixées sur les châssis et donc facilement séparables.

 

5/ Réduire le volume du polystyrène.

Il est parfois impossible de se passer de polystyrène, même si les ateliers du Festival continuent leurs recherches. Ce fut le cas pour la dune de l’Enlèvement au sérail (2015). Toutefois, afin de réduire le volume nécessaire, ont été construits des praticables en bois sur lesquels ont été fixées de fines plaques de contre-plaqués, elles-mêmes supportant le polystyrène collé.

 

 

 

Ces travaux en R&D ne sont pas achevés à ce jour, encore de nombreux tests et recherches seront nécessaires pour supprimer le polystyrène des décors. Les ateliers du Festival espèrent encore trouver parmi les matériaux bio-sourcés ou innovants des alternatives et font régulièrement appel à de nouveaux fournisseurs.

 

La question de la fin de vie des décors cités plus haut est d’autant plus d’actualité que la dune de l’Enlèvement au Sérail doit être très prochainement déstockée. Le Festival est donc à la recherche de solutions pour séparer le polystyrène de son matiérage, ou pour céder la dune à une structure culturelle intéressée. Toutes les idées seront les bienvenues…

 

En savoir plus sur les travaux de recherches du Festival d’Aix :

Tag(s) : #Déchets, #Décors, #Eco-conception

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