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Si parmi les acteurs d’une démarche d’éco-conception, le Bureau d’Etudes et les ateliers tiennent les premiers rôles, d’autres sont tout aussi importants et ce, quel que soit la phase du cycle de vie du décor.

 

Originellement seules 5 phases dites « opérationnelles » sont retenues pour le cycle de vie d’une conception : matières premières, transformation, transports, utilisation et  fin de vie. Or une phase « décisionnelle » en amont s’avère incontournable : l’implication de la direction, des créateurs, des coproducteurs et des tutelles.

 

L’implication de la Direction

En décembre 2016, lors du labo d’éco-conception organisé par le Festival, les directeurs techniques ou responsables d’ateliers des maisons d’opéra et théâtres présents s’inquiétaient de l’adhésion de leur direction ,voire de ses probables doutes  sur les intérêts et avantages de l’éco-conception.

Or il est indispensable que la direction soit non seulement impliquée mais convaincue car c’est elle qui donnera les ressources nécessaires (financières, humaines et techniques) pour atteindre des objectifs d’éco-conception.

L’engagement de la direction est d’ailleurs une des étapes fondamentales et obligatoires incluses dans la norme d’éco-conception des produits (Iso 14006), comme dans toutes les normes de management environnemental. Cette étape oblige la direction non seulement à démontrer son engagement mais surtout à attribuer rôles, responsabilités et autorités, s’assurer de la disponibilité des ressources  et de l'atteinte des résultats attendus, contribuer à l’implication de toute la chaîne de valeurs en amont (fournisseurs, partenaires) et en aval (prestataires de services, entreprises de recyclage), et assurer une approche multi-fonctionnelle.

 

Dans le monde du spectacle, l’idée préconçue voudrait qu’éco-concevoir coûte plus cher et ne réponde pas à l’attente des créateurs, d’où peut-être la réticence de certaines directions.

Afin de s’assurer de l’adhésion de celle du Festival d’Aix, le Pôle Eco Design et le référent éco-conception des ateliers, David Vinent-Garro, ont conçu un outil de calcul financier de l’impact d’une éco-conception de décor versus une conception traditionnelle. Cet outil, testé sur une production passée, a révélé que le surcoût des matériaux écologiques serait atténué voire gommé par les économies générées grâce à de nouveaux  process de fabrication, de transport et à la réduction des coûts en fin de vie.

Il a été également noté qu’une forte source d’économie potentielle se situait dans la phase  « transport » par l’optimisation du remplissage des camions et la réduction des allers-retours pour stockage ou réparation/adaptation. Cette constatation a définitivement convaincue la direction du Festival, pourtant déjà bien engagée.

 

L’implication des créateurs

La direction, parmi ses missions, se doit d’inciter les créateurs -metteurs en scène ou scénographes-  à éco-concevoir leur décor.

Si l’Opéra de Lyon a opté pour des clauses restrictives dans les contrats des  scénographes, le Festival d’Aix a choisi de les sensibiliser. Ils sont ainsi invités à étudier les propositions des ateliers qui s’attachent à répondre au mieux à leurs attentes tous en privilégiant process et matériaux éco-responsables.

Chloé Lamford, scénographe d’Alcina (2015) a été la première scénographe à bénéficier d’un éco-décor (voir interview). Grâce à sa collaboration et son engagement, ce décor de 20 tonnes, composé de 683 éléments, est recyclable/réutilisable/valorisable  à 97%.

 

L’implication des coproducteurs

Les coproducteurs ont d’importants rôles et responsabilités qui les impliquent inévitablement dans cette démarche d’éco-conception, nécessitant leur sensibilisation/implication en amont de la conception.

  • En tant que co-constructeur, ils peuvent inciter les scénographes à s’engager et consentir à éco-concevoir leurs décors. Il est alors possible d’envisager avec eux de rédiger des clauses communes pour les contrats des scénographes ou une charte du scénographe.

  • En tant que co-financeurs, ils peuvent souhaiter mieux maîtriser les dépenses, dont celles liées aux transports dans le cadre des tournées. Une réduction des coûts peut s’envisager en trouvant des lieux de stockage tampons (en containers) entre deux tournées pour éviter un retour des décors aux ateliers de construction. Ou en  travaillant sur des mobiliers répertoires communs aux différents théâtres.

  • En tant que co-diffuseurs, ils peuvent souhaiter une meilleure maitrise et répartition des charges de travail de leurs équipes lors des montages démontages, et une meilleure prise en considération de la santé de leurs machinistes. Un travail en amont sur la maniabilité des décors et les temps et process de montage/démontage s’avère alors très utile.

  • En tant qu’entreprise, ils peuvent avoir à répondre à des réglementations locales ou nationales sur la protection de l’environnement et la gestion de leurs déchets. C’est le cas notamment en France où un producteur de déchets quel qu’il soit est « responsable jusqu’à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers » (voir détails sur le site de l’ADEME)

  • En tant que détenteur d’un décor en fin de vie, ils peuvent souhaiter réduire le volume et le coût de leur déchet, et favoriser eux aussi leur réutilisation. En effet, le coût de traitement des déchets dépend de sa nature, ce que le Festival d’Aix a pu constater en mettant en place le tri. Concevoir une signalétique commune sur les exutoires de fin de vie des décors (au cas où ces décors seraient déstockés par des coproducteurs) peut s’avérer une bonne solution.

C’est prioritairement dans le but d’impliquer les coproducteurs, pour la plupart des Maisons d’opéras, que le Festival a souhaité rendre ce projet d’éco-conception collaboratif, mutualisée et co-construit.

Par ailleurs, le Festival a rédigé un vade mecum à destination de ses coproducteurs, dont le premier destinataire a été l’Opéra de Varsovie, constructeur du décor de Pelléas et Mélisande (2016).

L’implication des tutelles

Derniers acteurs et non des moindres, les tutelles et financeurs. De nombreuses structures culturelles reconnaissent que leur champ d'actions est limité par leurs statuts, qu'il s'agisse d'Etablissements Publics, scènes nationales ou opéras municipaux. Pafois le seul fait de devoir passer par les marchés pour leurs achats les empêchent d'intégrer l'éco-conception dans leur process de construction.

Il est possible aujourd'hui de s'appuyer sur le Plan Climat Energie Territorial de la collectivité (PCET), qui intègre l'engagement de collectivité exemplaire, pour faire tomber quelques barrières.

Il est à noter également que l'impact environnemental de la Culture préoccupe de plus en plus les pouvoirs publics, si l'on en croit les deux rencontres récentes abordant la problématique des déchets,  l'une organisée par la Région Ile de France en association avec Ecoprod et la seconde par le Ministère de la Culture à destination entre autres des EP. Cet intérêt croissant des tutelles présage-t-il l'instauration prochaine d'une réglementation sur la réduction des déchets ? Intégrer dès à présent le principe de l'éco-conception des décors a donc l'avantage d'anticiper cette réglementation et devient dès lors un argument de poids pour impliquer les tutelles.

Enfin, en ce qui concerne l'implication des mécènes, les entreprises intègrent elles-même de plus en plus la RSE dans leur politique, parfois volontairement, la plupart du temps par obligation légale. Elles ne sont donc pas insensibles à des démarches intégrées d'éco-conception et seront plus facilement impliquées.

Les moyens d’inciter ces parties prenantes font l’objet de nombreuses fiches actions du Guide méthodologique du Festival d’Aix en cours de rédaction.

Photo d'illustration : Maquette de L'Enlèvement au Sérail (Festival Aix 2015)

Tag(s) : #Festival, #Déchets, #Eco-conception, #Décors, #Déplacements

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